frank ilud 12 février 2026

Un nouveau livre choc révèle le rôle central de la monarchie britannique dans la traite transatlantique des esclaves. De quoi mettre à mal le mythe de l’exceptionnalisme moral britannique et relance le débat sur les réparations à l’heure du règne de Charles III.

C’est un ouvrage au contenu aussi percutant que son titre. Paru dans les librairies fin janvier, The Crown’s Silence (Le silence de la Couronne), publié chez HarperCollins, met en lumière le rôle central de la monarchie britannique dans la traite des esclaves.

L’auteure Dr. Brooke Newman, professeure associée d’histoire à l’université Virginia Commonwealth et membre de la Royal Historical Society, y détaille avec une précision implacable comment la Couronne britannique n’a pas seulement participé à la traite négrière, mais en a été l’un des piliers essentiels pendant plus de deux siècles.

Les documents d’archives dévoilent en effet une implication soutenue et méthodique de la monarchie dans ce commerce d’êtres humains, bien au-delà de ce que l’historiographie officielle avait longtemps admis.

« Ce qui m’a le plus choquée en tant qu’historienne, c’est que personne n’ait écrit ce livre avant« , confie Dr. Newman dans un entretien au podcast « Off with Their Headlines », précisant que « les archives sont disponibles depuis des décennies ».

George III, acteur clé de la traite

Le cas de George III illustre avec force l’ampleur de cette participation. Au cœur de l’expansion coloniale des Caraïbes, la Couronne procède à ce que Newman décrit comme « le plus vaste achat d’esclaves jamais enregistré » : 13 000 hommes réduits en servitude, acquis au nom du roi pour près d’un million de livres sterling, destinés aux West India Regiments.

« Ce n’était pas une initiative privée, mais un achat effectué au nom de la Couronne et de l’État », insiste l’historienne. Ces unités militaires composées d’hommes noirs asservis furent envoyées dans les zones de guerre tropicales, sur la base d’une théorie raciale pseudo-scientifique affirmant que les corps africains étaient « mieux adaptés » aux climats équatoriaux.

Les notes personnelles de George III traduisent par ailleurs un cynisme glaçant. « Il écrit clairement : “Je ne veux pas envoyer de troupes britanniques en Jamaïque, elles mourront. Utilisez des hommes réduits en esclavage, leurs corps sont faits pour combattre dans ces théâtres tropicaux violents” », rapporte Newman.

Dans ses journaux, le souverain reconnaît qu’il n’existe « aucune justification morale » à l’esclavage ni à la traite atlantique, mais la considère comme un « mal nécessaire » pour préserver l’empire et maintenir la suprématie britannique dans le monde.

Les réparations au cœur des débats

La parution du livre de Newman intervient à un moment décisif. Le roi Charles III se trouve face à un choix historique. Contrairement à sa mère, Elizabeth II, qui s’est toujours tue sur le sujet, Charles a qualifié l’esclavage d’« odieux » et de « profondément regrettable ». Mais, selon Newman, ces paroles ne suffisent plus.

L’historienne rappelle que le monarque possède une autorité symbolique immense et une fortune personnelle colossale. « Il pourrait user de son influence, de ses ressources et de son rang pour envoyer un signal fort au public comme aux dirigeants politiques : cette question mérite d’être prise à bras-le-corps », estime-t-elle.

Le précédent néerlandais pourrait servir d’exemple. En décembre dernier, la monarchie des Pays-Bas a présenté des excuses officielles pour son rôle dans l’esclavage colonial ; elles ont été accueillies favorablement par les descendants d’esclaves et les communautés autochtones du Suriname.

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