Sous la direction d’un pontife américain, l’Église catholique s’impose comme l’un des principaux contrepoids à la politique de Donald Trump. Les prises de position de Léon XIV contre la Maison-Blanche prennent ainsi une résonance toute particulière.
« Frères et sœurs, voici notre Dieu, Jésus, Roi de la paix, qui rejette la guerre, que personne ne peut utiliser pour justifier la guerre. Il n’écoute pas les prières de ceux qui font la guerre, mais les rejette, disant : « Même si vous faites de nombreuses prières, je n’écouterai pas. Vos mains sont pleines de sang. » »
Lors d’une homélie d’une intensité rare prononcée au cours de la messe des Rameaux au Vatican, le pape Léo a fermement condamné, dimanche 29 mars, toute instrumentalisation de la foi pour légitimer la guerre.
Dans le viseur du souverain pontife figurent les frappes militaires lancées par les États-Unis contre l’Iran, que certains faucons de l’administration Trump, à l’image du secrétaire à la Défense Pete Hegseth, justifient ouvertement au nom de la religion.
Si ces propos d’une vigueur inhabituelle pour un pape ont surpris de nombreux observateurs, ils n’ont constitué pourtant qu’une entrée en matière dans la croisade désormais assumée du Saint-Siège contre la politique de Washington.
Un tournant dans le discours et la méthode
Deux jours plus tard, le pape est allé plus loin encore, en désignant directement le président américain Donald Trump, qu’il a exhorté à mettre fin à un conflit entré dans son deuxième mois. Une véritable rupture de ton et d’approche.
En effet, depuis son élection inattendue comme premier pape originaire des États-Unis, Léo avait minutieusement évité toute allusion politique à son pays natal. Trump, la diplomatie américaine ou les interventions militaires sous bannière étoilée demeuraient jusqu’ici des sujets soigneusement écartés.
Cette réserve calculée, confirmée en coulisses par plusieurs responsables du Vatican interrogés par Reuters, relevait d’une stratégie délibérée consistant à éviter toute récupération par une droite catholique américaine particulièrement conservatrice. Cette ère de prudence semble aujourd’hui révolue.
Le Vatican face au nouvel équilibre mondial
« Je pense que, de façon générale, les responsables du Vatican sont conscients que le président Trump prend beaucoup de décisions controversées et clivantes, et ils sont très inquiets de la direction que prend le monde« , observe Joshua McKelwi, correspondant de l’agence de presse au Saint-Siège.
Car au-delà du dossier iranien, c’est la recomposition géopolitique mondiale qui alarme les cercles vaticans. Le renversement de Nicolás Maduro au Venezuela, les menaces répétées contre Cuba et la perspective d’un changement de régime imposé en Amérique latine nourrissent à Saint-Pierre une profonde préoccupation quant à la doctrine de puissance de l’administration Trump.
Pour une institution parlant au nom de plus d’un milliard de fidèles, dont une part importante vit précisément dans les zones de tension — Moyen-Orient, Amérique centrale et du Sud, Afrique subsaharienne — rester muette reviendrait à renoncer à toute autorité morale.
« Les Américains et tout le monde anglophone entendent désormais le message dans un idiome qui leur est familier », estime le cardinal de Chicago, Blase Cupich, allié proche de Léo, interrogé par l’agence de presse. Reste à savoir comment Washington accueillera ce virage assumé du Vatican.


