Sylvie Lucille 13 octobre 2019
La Sud africaine Caster Semenya, double championne olympique du 800 m

Vingt-cinq sportifs français de diverses disciplines ont dénoncé vendredi, dans une lettre ouverte, des « mutilations » à l’encontre d’athlètes hyperandrogènes. Ils réclament des « explications » à la Fédération internationale d’athlétisme, au Comité international olympique et au ministère des Sports français.

Un médecin français cité dans l’affaire

La championne du monde de taekwondo Gwladys Epangue, le quintuple champion du monde de natation Fabien Gilot et la triple championne du monde de judo Gévrise Emane sont trois des vingt-cinq sportifs français à l’origine de la lettre. Ils réclament des explications sur des soupçons d’exactions à l’encontre d’athlètes hyperandrogènes ou intersexes, dont la plus célèbre est la Sud-africaine Caster Semenya, double championne olympique du 800 m. « Nous, athlètes français de haut niveau, exprimons notre sidération et voulons des explications », ont-ils écrit dans leur lettre ouverte à la Fédération internationale d’athlétisme, au Comité international olympique et au ministère des Sports français.

Les signataires s’appuient sur un reportage diffusé par la chaîne allemande ARD, et repris par France 3 fin septembre. Dans ce documentaire, une athlète ougandaise hyperandrogène, Annet Negesa, privée des Jeux olympiques de 2012 à Londres pour un taux de testostérone naturel anormal, dit avoir subi, sans en avoir été avertie, une opération d’ablation des organes génitaux internes. Le reportage allemand évoque un médecin français, Stéphane Bermon, directeur du département santé et scientifique de la Fédération internationale, avec qui l’athlète aurait eu un rendez-vous avant l’opération dans son pays, l’Ouganda.

Une enquête pour faire toute la lumière

Les sportifs interpellent directement le président de la Fédération internationale d’athlétisme, Sebastian Coe, à qui ils exigent « des explications publiques ». « Ces mutilations […] semblent commanditées par ceux-là même dont la mission est de les protéger, de nous protéger », déplorent les sportifs.

Au président du Comité international olympique, Thomas Bach, ils demandent « de prendre position sans attendre en exigeant l’arrêt de ces pratiques ignobles et indignes de la condition humaine ». Enfin, à la ministre française des Sports, Roxana Maracineanu, ils réclament le déclenchement « sans délai » d’une « enquête administrative afin de déterminer si, oui ou non, des médecins français, pratiquant sur le territoire français dans des hôpitaux français, participent à des expérimentations scientifiques sur des athlètes hyperandrogènes ou intersexes aboutissant à des gonadectomies réalisées sans aucune information préalable, sans suivi post-opératoire et mettant en danger leur santé ».

Dans la soirée de vendredi, la ministre a dit qu’elle « partageait l’émotion, l’incompréhension des athlètes face aux révélations sur les traitements présumés ». Elle a annoncé qu’elle lançait avec son homologue en charge de la santé « une enquête conjointe pour faire la lumière sur l’affaire ».

L’IAAF se défend

De son côté, la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) a « fermement » démenti être intervenue dans le traitement d’Annet Negasa, et a qualifié de « fausses déclarations » les propos de l’athlète dans le documentaire. « L’IAAF ne conseille pas, et n’a jamais conseillé, un athlète quant à un traitement à privilégier. L’IAAF encourage les athlètes concernés à consulter un médecin indépendant et leur fournira, sur demande, des informations sur les experts indépendants et les spécialistes des centres de référence », a-t-elle indiqué dans un communiqué.

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