Une nouvelle enquête met en lumière la persistance des pratiques racistes à l’égard des candidats à la location. Le phénomène touche notamment près d’une agence immobilière sur deux.
« La seule appréhension de mon conjoint, c’est que cela s’est très mal passé avec les précédents locataires (…) Il préférerait des profils un peu plus proches de notre culture, de type européen, parce que là, entre les nuisances sonores et les problèmes d’odeur, la cohabitation avec les voisins a été très difficile. »
C’est ainsi que s’exprimait une militante de SOS Racisme, se faisant passer pour propriétaire auprès d’une agence immobilière, afin de tester les réactions face à des demandes discriminatoires sur le profil des futurs locataires.
Tout en admettant que ce genre de pratique est contraire à la loi, l’agente immobilière lui répond : « Effectivement, vu les antécédents que vous mentionnez, je ferai le point avec mes collègues pour qu’ils en tiennent compte, mais cela ne figurera pas dans les documents officiels. »
Comme cette interlocutrice, 96 des 198 agences testées — soit 48,48 % — ont accepté de prendre en compte les préférences discriminatoires exprimées par le faux propriétaire.
Un testing qui met à nu un racisme assumé
Pour mener son enquête, SOS Racisme a appliqué le même scénario auprès de toutes les agences. Le propriétaire fictif, incarné par les enquêteurs, faisait systématiquement part de sa préférence pour des candidats « de culture européenne », après avoir affirmé avoir connu une mauvaise expérience avec des locataires africains.
Le choix de viser particulièrement les personnes d’origine africaine n’était pas un hasard. « Nous savons que ce public figure parmi les plus exposés à la discrimination immobilière », explique au Parisien Dominique Sopo, président de l’association, voyant dans cette démarche « l’occasion de montrer l’acceptation de certains préjugés ».
Les réponses obtenues révèlent une connaissance parfaite du cadre légal par les professionnels de l’immobilier, mais aussi une propension inquiétante à le contourner. « C’est pire qu’une méconnaissance de la loi, car à chacun de nos appels, l’agent a d’abord rappelé le cadre légal interdisant toute discrimination, avant de dire qu’il était prêt à ne pas le respecter », affirme Sopo.
Un fléau qui perdure
Les professionnels ayant accepté de discriminer ont développé des techniques sophistiquées pour satisfaire les demandes racistes de leurs clients tout en évitant de laisser des preuves compromettantes.
La méthode la plus courante consiste à présenter plusieurs dossiers de candidats au propriétaire, qui effectue ensuite un « choix » sans avoir à se justifier. D’autres stratégies incluent le filtrage en amont sans l’expliciter, ou l’invention de motifs de refus légitimes.
SOS Racisme rappelle que ce testing s’inscrit dans la continuité de travaux précédents : en 2018, une étude montrait déjà que les candidats perçus comme maghrébins ou subsahariens avaient 50 à 55% de chances en moins de voir leur dossier accepté par rapport à une personne blanche, tandis qu’en 2022, la moitié des agences acceptait de discriminer selon l’origine des locataires.
Pourtant, la loi française prévoit jusqu’à trois ans de prison et 45 000 euros d’amende — sans compter d’éventuels dommages et intérêts — pour toute discrimination liée à l’accès au logement.


