Des caméras de surveillance détournées, une unité d’élite du renseignement, des milliards de données analysées par intelligence artificielle… Le Financial Times révèle les dessous del’opération d’espionnage, qui a rendu possible la frappe ayant coûté la vie au Guide suprême iranien.
« Nous connaissions Téhéran comme nous connaissons Jérusalem. Et quand vous connaissez [un endroit] aussi bien que la rue où vous avez grandi, vous remarquez le moindre élément qui n’est pas à sa place ».
Cette confidence, livrée au Financial Times (FT) par un haut responsable du renseignement israélien à propos de l’opération américano-israélienne ayant conduit, samedi 28 février 2026, à la mort du Guide suprême de la République islamique d’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, illustre l’ampleur du travail de renseignement mené en amont.
Comme le révèle le quotidien britannique dans une enquête exclusive retraçant les coulisses de l’offensive, ce sont bien les services de renseignement qui ont joué un rôle déterminant dans l’issue de l’attaque. Une démonstration, s’il en fallait encore, que « l’information, c’est le pouvoir ».
Depuis plusieurs années, l’Iran avait massivement investi dans un vaste maillage de surveillance intérieure : caméras omniprésentes dans les villes, dispositifs d’espionnage de la population, enregistrement des rassemblements, identification des opposants et contrôle renforcé de toute dissidence. Un système pensé pour garantir la sécurité du régime.
Surveiller pour être observé à son tour
Selon le FT, ce même réseau s’est finalement retourné contre ses créateurs. Israël serait parvenu à infiltrer l’ensemble des caméras de circulation de la capitale, accédant à des milliers de flux en temps réel.
L’une d’entre elles, idéalement orientée, captait la zone où les gardes du corps de Khamenei avaient coutume de stationner leurs véhicules. La mission n’était pas de suivre directement le Guide suprême, mais de cartographier son entourage immédiat, notamment ses gardes, ses chauffeurs, ses agents de sécurité.
À partir des séquences collectées, les analystes israéliens ont pu établir des schémas précis, dont les horaires d’arrivée, les emplacements des véhicules, les rôles attribués, les changements de garde, etc.
Une opportunité en or
À la manœuvre, l’Unité 8200, vitrine du renseignement électronique israélien, souvent comparée à la NSA américaine. Celle-ci aurait nourri des systèmes d’intelligence artificielle avec une quantité phénoménale de données : signaux téléphoniques, enregistrements vidéo, mouvements géolocalisés, réseaux relationnels.
L’objectif était de reconstituer une image quasi exhaustive du quotidien du Guide. Une cartographie aussi fine qu’un dossier d’enquête patiemment élaboré au fil des années. Le jour de l’offensive, les communications cellulaires autour de la résidence de Khamenei furent brouillées pour éviter toute fuite d’information.
La salve de trente missiles de précision fut alors tirée sur ordre du président américain Donald Trump, une fois confirmée la présence de Khamenei et de plusieurs hauts responsables iraniens dans un même bâtiment. Une occasion que le tandem américano-israélien ne pouvait manquer.


