frank ilud 24 février 2026

Une enquête relayée par Politico met en lumière un réseau coordonné de comptes automatisés ayant artificiellement amplifié le soutien en ligne aux prises de position conservatrices de l’artiste américaine.

Depuis plusieurs mois, Nicki Minaj s’est imposée comme l’une des principales caisses de résonance de l’extrême droite américaine, notamment dans l’industrie du divertissement. Forte de dizaines de millions d’abonnés, la rappeuse multiplie les publications reprenant des thèmes conservateurs.

Du soutien au Save Act – loi controversée sur le vote – aux récits de guerre culturelle autour du genre et de la religion, en passant par les attaques contre ce qu’elle qualifie d’« agenda progressiste », l’interprète de Starships se présente comme une figure courageuse, prête à défier le politiquement correct.

Sur X, ses publications politiques semblaient susciter un large élan populaire : commentaires enthousiastes, formules récurrentes du type « Courageuse porteuse de vérité » ou « Que Dieu te bénisse ». Des dizaines de milliers de réactions laissaient croire à une adhésion massive. Sauf que celle-ci est, en grande partie, une fiction soigneusement construite.

Une campagne de bots

C’est en tout cas ce que révèle Politico dans une enquête publiée le 23 février, fondée sur un rapport de la société d’analyse Cyabra, spécialisée dans la détection des manipulations numériques.

On y apprend que sur une période d’environ six semaines – entre le 11 novembre et le 28 décembre 2025 –, un réseau coordonné de faux comptes a procédé à un boosting massif et systématique des publications politiques de Nicki Minaj sur X.

Dans le détail, sur plus de 55 000 profils ayant interagi avec 51 de ses publications politiques, environ un tiers apparaît comme des comptes inauthentiques. Un ratio très largement supérieur à ce que l’on observe normalement sur les plateformes de réseaux sociaux.

Mais au-delà du volume, c’est la sophistication de l’opération qui frappe les analystes. Ces comptes ne se contentaient pas de liker ou de partager mécaniquement. Ils agissaient en rafales synchronisées, postaient des commentaires réutilisant un vocabulaire élogieux quasi identique.

Une mécanique de propagande aux effets bien réels

Le rapport souligne qu’à certaines dates, à l’instar du 26 décembre, les faux comptes représentaient plus de la moitié (56%) de l’ensemble des commentaires publiés sous les publications politiques de la rappeuse.

Selon Cyabra, l’objectif n’était pas de promouvoir des politiques précises ni d’influencer directement les électeurs, mais de façonner une image : faire passer Nicki Minaj pour une voix politique respectée, crédible et soutenue massivement.

Autrement dit, transformer une célébrité en icône politique à coup d’applaudissements synthétiques. L’enquête de Cyabra commanditée par un anonyme, établit que cette campagne a radicalement transformé la perception publique du soutien dont bénéficie la chanteuse trinidadienne.

Cette distinction entre croyances réelles et apparences constitue le cœur de ce que les experts en désinformation nomment « construction d’atmosphère ». Cela consiste à manipuler non pas ce que les gens pensent, mais ce qu’ils croient que les autres pensent.

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