Tim P 12 mai 2019
Une usine de textile en Ethiopie

 

En Ethiopie, les employés de l’industrie du textile touchent en moyenne 23 euros par mois, soit le plus faible revenu du secteur dans le monde. Les salariés du Bengladesh gagnent près de quatre fois plus et ceux de Chine douze fois plus.

A travail égal, salaire différent

Selon une étude du Centre Stern pour les affaires et les droits de l’homme de l’université de New York, les salariés éthiopiens de l’industrie du textile sont les moins bien payés au monde. Ils gagnent seulement 26 dollars par mois, soit 23 euros. Pourtant ils travaillent pour les usines de célèbres marques comme Guess, H & M ou Calvin Klein qui brassent chaque année des dizaines de milliards de dollars.

Le rapport intitulé « Fabriqué en Ethiopie : les défis de la nouvelle frontière de l’industrie du vêtement » établit également des comparaisons entre les salariés du textile dans le monde. Et le constat est édifiant, sinon révoltant. Les employés du textile du Bangladesh gagnent 95 dollars par mois (85 euros), ceux du Kenya 207 (185 euros) et ceux de Chine 326 dollars (291 euros), soit respectivement plus de 3 fois, 8 fois et 12 fois que leurs collègues éthiopiens. D’où vient une telle différence dans le traitement salarial ?

« le salaire de base trop faible pour que les travailleurs puissent en vivre »

Il y a d’une part la cupidité des grandes marques lorsqu’elle pose le pied en Afrique, un continent où la pauvreté exécrable fait accepter toute sorte de salaires, pourvu qu’on gagne son pain quotidien. Ainsi, à valeur égale, les salaires sont bien plus bas en Afrique qu’ailleurs dans le monde. Et quand ce sont des expatriés asiatiques ou arabes qui dirigent ces usines, la situation est encore plus précaire. Or la plus part des usines sont dirigées par des responsables originaires de Chine, d’Inde ou du Sri-Lanka. Ces nationalités sont connues pour leur rapacité et leur dédain envers le personnel noir ou d’Afrique.

D’autre part notons la politique économique de l’Ethiopie, qui ambitionne de devenir le principal centre manufacturier du continent. Pour séduire les investisseurs, le gouvernement met en avant la disposition des salariés à travailler pour moins de la moitié du salaire des travailleurs du Bangladesh. Le deal est vite fait, chacun y tire son profit (autorités et industriels) sauf les travailleurs, qui sont de plus en plus malheureux, constate l’étude du Centre Stern pour les affaires et les droits de l’homme de l’université de New York. « Plutôt que la force de travail docile et bon marché promue en Ethiopie, les fournisseurs basés à l’étranger ont rencontré des employés qui sont malheureux de leur rémunération et de leurs conditions de vie », a confié le directeur adjoint du centre, Paul Barrett. En outre, il précise que « Dans leur empressement à créer une marque “Made in Ethiopia”, le gouvernement, les marques mondiales et les fabricants étrangers n’ont pas prévu que le salaire de base était tout simplement trop faible pour que les travailleurs puissent en vivre ».

D’autres personnes attendent à la porte, pour ceux qui se plaignent 

Du coup les grèves ne manquent plus, notamment sur le Parc industriel d’Hawassa, l’un des cinq centres industriels inaugurés par le gouvernement en 2014. Dans cette usine qui emploie en ce moment 25.000 personnes (et qui prévoit en employer 60.000 bientôt…), les accrochages entre salariés et dirigeants sont fréquents. Et quand ceux-ci en ont marre des récriminations de ceux-là, ils les virent ou font un turn over. D’autres attendent dehors pour travailler, ne serait-ce que pour manger au quotidien.

 

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