Tim P 11 mai 2020
Avec une lame de carbone dans la semelle et des coussins d'air, les Vaporfly de Nike font tomber les records, depuis leur sortie en 2016.

 

Dopage technologique ou innovation bienvenue ? La chaussure Vaporfly de Nike a envahi les pelotons des marathons, bien au-delà des coureurs d’élite, et fait tomber les records. Cette performance a attiré l’attention de la fédération internationale d’athlétisme qui réfléchit à une éventuelle interdiction de cette basket.

Avec une lame de carbone dans la semelle et des coussins d’air, les Vaporfly de Nike font tomber les records, depuis leur sortie en 2016. Il y a eu d’abord la performance incroyable du Kenyan Eliud Kipchoge qui est passé, lors d’une expérimentation à Vienne (Autriche), sous la mythique barre des deux heures (1 h 59 min 40 sec) sur la distance du marathon (42,195 km) avec, aux pieds, un prototype de ces fameuses chaussures Vaporfly de Nike. Le lendemain, sa compatriote Brigid Kosgei avait battu le record féminin (2 h 14 min 04 sec) avec un modèle des mêmes baskets. Ensuite, les paires de running de la gamme Vaporfly ont permis aux athlètes Nike de truster 31 des 36 places sur les podiums des six principaux marathons en un an.

L’utilisation des chaussures Vaporfly de Nike, une injustice ?

Cette performance exceptionnelle a attiré l’attention de la World athletics (ex-IAAF) qui a cherché à bannir ces prototypes des compétitions. Elle a plafonné la taille des semelles et limité le nombre de lame de carbone (le modèle expérimental de Kipchoge, l’AlphaFly, en comptait trois). La fédération internationale d’athlétisme soupçonne ces chaussures d’optimiser les performances des athlètes, en réduisant notamment de 4% la consommation d’énergie. Pour Amby Burfoot, vainqueur du marathon de Boston en 1968 et ancien rédacteur en chef du magazine Runner’s World, l’introduction à l’improviste des premières Vaporfly de Nike en 2016, notamment aux qualifications olympiques américaines pour le marathon et aux Jeux olympiques de Rio, relève de l’injustice. « Cela équivalait à laisser un groupe de perchistes utiliser de la fibre de verre alors que tous les autres en auraient été réduit à utiliser du bambou », a-t-il déclaré.

« Cela n’a pas amélioré la vitesse, c’est simplement du confort »

Un avis qui n’est pas partagé par Alain Temin, entraîneur du club SAM Paris 12, pour qui il ne faut pas parler de dopage technologique. « Le mot dopage, non, il faut l’enlever complètement. C’est de la technologie. Je suis très surpris de cette réaction [de World Athletics]. Quand Nike a sorti les Nike Air [à la fin des années 1980] avec leurs semelles épaisses, cela n’a pas amélioré la vitesse pour autant, c’est simplement du confort », défend-il.

Le journaliste américain Brian Metzler, auteur de « Kicksology: Promotion, Science, Culture et Coolitude des chaussures de running », argue que « les chaussures avec des lames en fibre de carbone font partie de l’évolution à long terme des baskets de course et de l’innovation continue qui est au centre du développement de celles-ci depuis le début des années 1970 ». Il ajoute que ces nouveaux modèles « ne créent pas artificiellement de l’énergie mais maximisent plutôt la force et l’énergie qu’un coureur met naturellement dans sa foulée ».

Les autres fabricants veulent combler leur retard sur Nike

Quoiqu’il en soit, les concurrents de Nike donnent déjà la riposte. Dans le sillage de la marque au « swoosh », Adidas, Asics, Brooks, Hoka, New Balance et Saucony ont dévoilé, ou vont présenter, leur propre modèle de basket recourant au carbone. Mais Geoff Burns, chercheur en biomécanique et en performance sportive à l’université du Michigan, estime qu’il ne sera pas facile pour les autres fabricants de chaussures de rattraper Nike. « Nous ne savons toujours pas dans quelle mesure ils vont combler l’écart », analyse-t-il.

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