Les troubles au Moyen-Orient ont provoqué une flambée des coûts logistiques et une chute de la fréquentation touristique. Les restaurateurs de l’émirat multiplient les initiatives pour survivre à la crise.
Le secteur de la restauration dubaïote est peut‑être confronté à sa plus grave crise depuis la pandémie de Covid‑19 en 2021, sur fond de guerre entre les États‑Unis, Israël et l’Iran. Plusieurs semaines de tirs de missiles et de drones iraniens, combinées à la fermeture du détroit d’Ormuz, ont provoqué une chute des arrivées touristiques et désorganisé les chaînes d’approvisionnement.
D’après un reportage réalisé sur place par Reuters, les tables les plus en vue de l’émirat font face à une triple peine : une clientèle en recul, des coûts d’ingrédients qui s’envolent et des difficultés logistiques inédites.
En toile de fond, la forte dépendance de la gastronomie locale aux importations. Selon le FMI cité par l’agence de presse britannique, les Émirats arabes unis (EAU) se fournissent à l’étranger pour plus de 80% de leurs denrées alimentaires.
Cette vulnérabilité, longtemps masquée par l’efficacité des corridors logistiques régionaux, apparaît au grand jour avec la paralysie du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, passage obligé pour une grande partie des approvisionnements du pays.
Des coûts de fret aérien multipliés et une demande en berne
« La réalité est que le fret est devenu plus cher, les prix du carburant ont grimpé et le détroit d’Ormuz est toujours bloqué. Cela crée un véritable problème pour notre chaîne d’approvisionnement », explique à Reuters Shaw Lash, restauratrice installée sur Alserkal Avenue, le quartier branché des arts et de la culture de Dubaï.
Selon un baromètre de Juniper Strategy et du Global Restaurant Investment Forum, relayé par l’agence de presse, la demande auprès des opérateurs de la restauration aux Émirats recule en moyenne de 27% par rapport à la même période l’an dernier. Dans le même temps, les coûts fournisseurs ont grimpé d’environ 13%, d’après cette enquête menée entre le 1ᵉʳ et le 8 avril auprès de 30 dirigeants du secteur, représentant quelque 400 établissements.
Face à cette tempête, le Département de l’économie et du tourisme de Dubaï reconnaît dans un communiqué que certains opérateurs « traversent une période de perturbation de la fréquentation » et qu’ils « trouvent des moyens créatifs de répondre » à la crise.
Initiatives de survie et adaptation forcée
Rien de rassurant pour un marché de la restauration avec service à table dont la croissance 2026 était jusqu’ici anticipée autour de +20%, à 11,3 milliards de dollars contre environ 9,5 milliards l’an passé, selon Mordor Intelligence.
En attendant, les stratégies de survie se multiplient. Certains restaurateurs nouent des partenariats avec des supermarchés pour écouler leurs stocks et diversifier les canaux de vente. D’autres misent sur des kits repas à préparer chez soi, qui offrent une nouvelle source de revenus tout en préservant le lien avec leur clientèle. Des offres d’accès à prix réduit dans les établissements haut de gamme visent, elles, à relancer la fréquentation en période de frilosité budgétaire.
Pour la critique culinaire Courtney Brandt, citée par Reuters, le conflit ne fait qu’accélérer un ajustement qui semblait inévitable. « Nous étions en retard pour une correction. Il y a énormément de choix dans cette ville, c’est le signe de beaucoup de bonnes choses, mais peut‑être qu’il était temps d’avoir juste un petit ralentissement », estime‑t‑elle.


