Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, a mis le feu aux poudres en revendiquant le droit de siffler l’hymne national français.
Peut-on siffler la Marseillaise ? La question alimente le débat politique en France depuis les déclarations du maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, sur ce sujet.
« Siffler la Marseillaise quand la France se déshonore par ses actes à l’international, c’est un droit à la réplique populaire. Parce que les enfants de celles et ceux qui sont ici dans les grands stades, ils sont citoyens d’ici mais aussi de là-bas« , estime l’élu de La France Insoumise (LFI), dans une interview parue le 16 juin, dans L’Opinion.
Ces propos, tenus en amont du match France-Sénégal dans le cadre de la Coupe du monde organisée en Amérique du Nord, ont rapidement suscité de vives réactions, souvent critiques à l’égard de l’édile.
Le Rassemblement national (RN) a notamment réagi en estimant que siffler l’hymne national ne relevait pas d’un « droit », mais traduisait « un mépris assumé pour ce qui unit les Français et pour ceux qui ont servi la France ».
La République face à elle-même
Pour le secrétaire général des Républicains, Othman Nasrou, La France insoumise franchit « une nouvelle étape », celle d’« une hostilité pleinement assumée envers la France ». La ministre déléguée Naïma Moutchou a interpellé le maire sur X, tandis que la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a dénoncé sur BFMTV une « stratégie de sédition », estimant qu’il ne s’agissait pas d’un dérapage, mais d’une ligne politique assumée.
À rebours de cette indignation, l’éditorialiste Étienne Gernelle, directeur du Point, propose sur RTL une lecture plus nuancée. Il reconnaît que siffler la Marseillaise peut choquer, en ce que cela heurte l’idéal d’unité nationale incarné par les symboles républicains.
Il souligne également qu’un élu qui banalise un tel geste s’expose à des critiques légitimes et peut alimenter les discours identitaires. Toutefois, il rappelle que la liberté de contestation, même dérangeante, constitue précisément l’un des fondements d’un régime démocratique.
La loi de 2003 : une réponse pénale à un problème politique
«C’est le mérite, la gloire même de notre République, et en général d’un régime de liberté, de laisser s’exprimer ceux qui la contestent», fait-il valoir dans un éditorial. Dans cette perspective, la prise de position de Bally Bagayoko apparaîtrait, paradoxalement, comme une illustration du fonctionnement démocratique, malgré la charge symbolique qu’elle véhicule au regard du droit.
L’outrage public à l’hymne national ou au drapeau tricolore lors d’une manifestation organisée par les autorités est en effet puni d’une amende de 7 500 euros — pouvant aller jusqu’à six mois d’emprisonnement en cas de commission en réunion — selon l’article 433-5-1 du Code pénal, issu d’une loi adoptée en 2003 après les sifflets lors du match France-Algérie de 2001.
L’éditorialiste s’interroge toutefois sur la pertinence, voire la légitimité, de ce dispositif. Selon lui, la réponse à ce type de controverse doit rester politique plutôt que judiciaire, au risque de contredire l’esprit même de la République en pénalisant la contestation de ses symboles.


