frank ilud 15 juin 2026

Employé du service public de l’emploi, Juan Carlos Nieto encourt six mois de suspension sans salaire. Son tort : avoir reçu des demandeurs d’emploi sans rendez-vous, en dehors des procédures officielles.

« Le matin, je suis fonctionnaire, mais le reste de la journée, je suis un citoyen comme les autres et je dois remplir des formulaires à la préfecture, à la banque, aux services de santé… Donc, comme je travaille de ce côté-là, je sais aussi ce que signifie avoir affaire à l’administration ».

Comme il le confie dans les colonnes du journal El País, Juan Carlos Nieto tient à se mettre à la place des usagers. Une approche qui éclaire sans doute la manière dont ce fonctionnaire du SEPE — le Servicio Público de Empleo Estatal, équivalent espagnol de Pôle emploi — à Mérida conçoit sa mission de service public.

C’est pourtant pour avoir agi dans cet esprit qu’il risque aujourd’hui des sanctions disciplinaires, pouvant aller jusqu’à six mois de suspension sans salaire. Le cas de cet homme de 57 ans fait actuellement l’objet d’une enquête du ministère du Travail.

Un zèle hors procédure ?

L’affaire, telle que rapportée par la presse espagnole, est d’une simplicité frappante. Confronté à des demandeurs d’emploi se présentant sans rendez-vous, l’agent a choisi de les recevoir malgré tout.

Plutôt que de les renvoyer en leur demandant de réserver un créneau en ligne, il a enchaîné les entretiens spontanés, contournant ainsi les règles internes d’organisation et de gestion des flux.

Selon l’administration, le fait d’accueillir des usagers en dehors du système de prise de rendez-vous constituerait un manquement aux procédures du SEPE, susceptible de désorganiser le service et de compromettre l’égalité de traitement entre les demandeurs d’emploi.

Pour sa hiérarchie, l’enjeu ne porte pas sur les résultats obtenus, mais sur le respect du cadre établi. Dans une administration en cours de rationalisation, chaque agent est tenu de s’y conformer, même lorsqu’il est perçu comme contraignant.

Le sens du service public en question

Le droit de la fonction publique espagnole prévoit une échelle de sanctions allant de l’avertissement à l’exclusion temporaire. La mesure envisagée ici se situe dans la tranche supérieure, généralement réservée à des manquements répétés ou susceptibles d’affecter durablement le fonctionnement du service.

Juan Carlos Nieto, lui, a une tout autre lecture de ses responsabilités. Il indique n’avoir pas voulu faire de charité, mais son travail. Recevoir des chômeurs, les accompagner dans leurs démarches, éviter qu’un délai administratif supplémentaire ne vienne alourdir leur situation, c’est précisément, selon lui, ce que sa mission implique.

Il explique avoir voulu empêcher que des personnes en difficulté repartent sans avoir été reçues, dans un contexte économique et social peu propice à l’attente. Cette tension entre la lettre des règles et l’esprit du service public a rapidement dépassé le cadre espagnol, suscitant des réactions contrastées sur les réseaux sociaux.

Comme le souligne RTL, cette affaire interroge plus largement la nature des administrations publiques à l’heure de leur modernisation. Jusqu’où un agent peut-il — ou doit-il — faire preuve d’initiative lorsque l’application stricte des règles lui semble contraire à l’intérêt des usagers ?

Leave a comment.

Your email address will not be published. Required fields are marked*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.