frank ilud 6 août 2026

À quelques mois du scrutin, les opérations d’influence attribuées à la Russie se multiplient contre plusieurs candidats déjà en lice ou pressentis pour la course à l’Élysée.

Selon l’AFP, le candidat à la présidentielle française Gabriel Attal a été la cible d’une campagne en ligne visant à ternir son image, attribuée à des réseaux prorusses. Viginum, le service public chargé de la lutte contre les ingérences numériques, met notamment en cause l’opération Matriochka.

Active depuis au moins septembre 2023, cette campagne doit son nom aux célèbres poupées russes gigognes, en référence à sa méthode de déploiement en strates. Le mode opératoire repose sur la fabrication de faux contenus — reportages, graffitis, mèmes ou articles usurpant l’identité de médias et de personnalités —, leur diffusion coordonnée ainsi que la sollicitation directe des cibles.

Cette dernière phase consiste à interpeller les personnes visées sur X et par courriel pour leur demander d’enquêter sur ces faux contenus, créant ainsi une boucle artificielle de validation.

Les unes du Parisien, d’Aujourd’hui en France, de La Tribune Dimanche et d’Ouest-France ont ainsi été détournées pour attribuer à Gabriel Attal des liens avec le narcotrafic ou des symptômes de la maladie de Parkinson.

Une récurrence suspecte

Il s’agit de la troisième opération de ce type en quelques jours. L’ancien Premier ministre Édouard Philippe, lui aussi en lice pour l’Élysée, avait d’abord été visé par une fausse publication générée par intelligence artificielle affirmant qu’il serait atteint de démence.

L’eurodéputé Raphaël Glucksmann, également pressenti pour la présidentielle, a ensuite fait l’objet d’un deepfake mettant en scène le journaliste Edwy Plenel et sa compagne, la journaliste Léa Salamé, accusés à tort de corruption dans une vidéo reprenant les codes visuels du média Blast.

Selon la chercheuse Christine Dugoin-Clément, auteure de l’ouvrage Géopolitique de l’ingérence russe et interrogée sur LCI, l’objectif est à la fois de polariser l’électorat, de dissuader certains segments de voter et de jeter le doute sur la probité ou l’état de santé des candidats pris pour cible.

Un marché structuré de la manipulation

Pour Maxime Audinet, spécialiste des stratégies d’influence numérique russes, ces opérations combinent grands récits géopolitiques et micro-récits arrimés à l’actualité locale, ce qui exige un travail de veille continu de la part des entrepreneurs de désinformation.

Il nuance toutefois l’ampleur de la menace en rappelant que Viginum juge l’effet viral des trois séquences visant Attal, Glucksmann et Philippe très limité, contrairement par exemple à l’affaire des étoiles de David taguées en France, qui avait largement circulé.

« Cette campagne va être d’une violence et d’un niveau de manipulation inouïs », avertit une source proche de Gabriel Attal, citée par Le Monde. Interrogé sur RTL, le patron de Renaissance a affirmé que l’ingérence russe viserait aussi, selon lui, à favoriser certains prétendants à l’Élysée.

Face à ces menaces, un projet de loi présenté en conseil des ministres le 30 juillet prévoit notamment de tripler les peines pour diffusion de fausses informations en période électorale et de faciliter les procédures en référé.

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