frank ilud 19 avril 2026

L’octogénaire, a dit tout son regret pour la participation de ses ancêtres négriers, dans la trite transatlantique. Un geste de haute portée alors que la France est toujours accusée d’incapacité à regarder son passé en face.    

Il aura fallu attendre un homme de 86 ans pour voir émerger en France un premier geste d’excuses formelles lié à l’esclavage. Pierre Guillon de Prince, descendant de négriers nantais, a exprimé ses regrets, samedi 18 avril, pour les crimes commis par ses aïeux.

Devant une assemblée composée de diplomates, d’élus, de militants et de représentants d’organisations internationales — parmi lesquels Jean-Marc Ayrault, ancien Premier ministre et président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage — il s’est adressé aux descendants des populations réduites en servitude par sa lignée, en particulier au peuple haïtien.

Ses ancêtres, Daniel Jean Guillon (1720-1799) et Jean-Baptiste Christophe Guillon (1745-1815), possédaient en effet des exploitations agricoles à Saint-Domingue — l’actuel Haïti —, alors colonie française la plus productive de l’empire colonial.

Un héritage de sang et de profits

Entre 1761 et 1789, ils armèrent six navires engagés dans le commerce triangulaire entre Nantes et Saint-Domingue, soit dix-huit expéditions ayant conduit à la déportation de 4 500 captifs, dont plus de 200 périrent lors de la traversée.

Pierre Guillon de Prince affirme ne pas avoir découvert ce passé avec détachement. Depuis 2016, il participe bénévolement aux visites du Mémorial de l’abolition de l’esclavage à Nantes lors des Journées du patrimoine, avec la volonté de transmettre cette histoire à ses enfants et petits-enfants.

« Esclavage et traite constituent des activités reconnues comme crime contre l’humanité par la loi Taubira du 21 mai 2001. Ce qui ne pouvait que m’interpeller alors que je milite dans des associations orientées vers le développement de tous les hommes et la défense des droits humains », a-t-il déclaré en marge de l’inauguration du Mât de la Fraternité et de la Mémoire.

Ce monument est porté par l’association La Coque Nomade Fraternité, fondée par Dieu Donné Boutain, Martiniquais descendant de personnes réduites en esclavage.

La France en retard sur ses responsabilités historiques

Si cette démarche est inédite à l’échelle nationale, elle s’inscrit dans une dynamique déjà observée ailleurs. Comme le souligne Reuters, au Royaume-Uni, plusieurs familles issues de lignées négrières ont déjà formulé des excuses publiques pour le rôle de leurs ancêtres.

La France, en revanche, reste en retrait sur cette question. À ce jour, l’État n’a jamais présenté d’excuses officielles pour sa participation à ce système de déportation de masse.

Ce silence apparaît d’autant plus frappant que le pays fut l’une des principales puissances esclavagistes de l’époque moderne. Les estimations historiques évoquent son implication de dans la déportation d’environ 1,3 million de personnes entre le XVe et le XIXe siècle.

Au total, la traite transatlantique aurait entraîné le déplacement de près de 12,5 millions d’Africains. Un chiffre que certains historiens jugent encore sous-estimé.

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