Pour la septième année consécutive, Paris devance Londres et Berlin dans la course aux investissements étrangers, selon le cabinet EY. Ce record de longévité masque toutefois un modèle qui s’essouffle au pire moment.
Selon le traditionnel baromètre du cabinet EY publié mercredi 2à mai, la France a enregistré en 2025 quelque 852 projets d’investissement étranger, devançant le Royaume-Uni (730 projets) et l’Allemagne (548 projets), sur un total de 5 026 initiatives recensées dans 47 pays européens.
Pour l’exécutif, ce résultat constitue un marqueur symbolique d’une stratégie économique menée depuis 2017. Celle-ci repose notamment sur la baisse de l’impôt sur les sociétés, passé de 33% à 25%, la réforme du marché du travail et une orientation clairement favorable aux entreprises.
À cela s’ajoute le sommet annuel Choose France, organisé au château de Versailles, où le président de la République accueille chaque année une centaine de dirigeants étrangers venus annoncer leurs projets d’investissement.
« Cela traduit la solidité de nos fondamentaux, les résultats d’une décennie de politique de l’offre, la profondeur de notre marché, la qualité de notre infrastructure et de nos talents », se félicite Marc Lhermitte, associé à EY, cité par Le Monde.
Un recul à surveiller
Certains indicateurs invitent toutefois à relativiser ce satisfecit. Le nombre de projets d’investissements étrangers a reculé de 17% en France en 2025 par rapport à l’année précédente, une baisse plus marquée qu’au Royaume-Uni (-14%) et nettement supérieure à la moyenne européenne (-7%).
Les tensions commerciales liées aux droits de douane américains, la rivalité entre Washington et Pékin, la guerre en Ukraine et l’instabilité persistante au Moyen-Orient douchent les multinationales, les obligeant à différer leurs décisions d’implantation.
À ces facteurs externes s’ajoutent des fragilités propres à la France, régulièrement pointées par le baromètre EY, comme le coût du travail élevé, la pression fiscale et la complexité administrative.
Par ailleurs, la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, la succession de gouvernements fragiles, des débats budgétaires tendus et une incertitude fiscale persistante ont entamé la confiance des investisseurs internationaux.
Un marché du travail sous tension
S’agissant de l’emploi, les investissements étrangers ont permis la création de près de 28 000 postes en 2025 en France. Un chiffre en recul, mais moins marqué qu’au Royaume-Uni ou que la moyenne européenne, où la baisse atteint 25%.
Certaines annonces d’envergure, comme celles d’Amazon, ont contribué à atténuer le ralentissement. Toutefois, ces créations interviennent dans un contexte de dégradation du marché du travail.
Au premier trimestre 2026, le taux de chômage est remonté à 8,1%, son niveau le plus élevé depuis 2021, selon l’Insee. L’objectif de plein emploi, au cœur du projet économique d’Emmanuel Macron depuis 2017, apparaît désormais hors de portée à l’horizon de son mandat. De quoi nuancer la lecture positive du classement EY.


